Avec Sylvain Tesson à propos du livre "Dans les forêts sibériennes"
30 novembre 2011 par Laurent Wyart
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L’écrivain voyageur Sylvain Tesson sera reçu le 13 décembre 2011 par le Cercle Kondratieff pour parler de son dernier livre « Dans les Forêts de Sibérie » - Prix Médicis Essai 2011, paru chez Gallimard.
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Invité par le Cercle Kondratieff, Sylvain Tesson répondra aux questions de Claude Boulanger, journaliste à Radio Protestante, sur son expérience de vie solitaire pendant 6 mois au bord du lac Baïkal. Cette rencontre, organisée dans le cadre de la Maison du Barreau à Paris, aura lieu le 13 décembre 2011 à 9 heures précises.
Au-delà de l’introspection menée par l’auteur et de ses réflexions sur le temps, l’écologie ou la solitude, il m’a semblé intéressant de noter sa perception des Russes et les échanges qu’il a eus avec eux pendant son séjour.
Sylvain Tesson dit ne pas connaître le russe. Son ouvrage « Ciel, mon moujik ! » - Chifflet et Cie, démontre qu'à partir des très nombreux mots russes d’origine étrangère, notamment français, de la langue russe il s’est bâti un vocabulaire non seulement de survie mais lui permettant de saisir de nombreuses nuances de la conversation. Son livre « Dans les forêts de Sibérie » est ponctué de dialogues, d’anecdotes et de réflexions caractéristiques des valeurs culturelles de la Russie et du caractère de ses habitants.
D’abord, la convivialité, l’importance de l’amitié et de la relation personnelle, clés du succès dans les affaires en Russie. Ces valeurs se superposent dans cet extrait avec le sens inné des Russes de l’improvisation et de la mise en scène, surtout lorsqu’il s’agit d’agapes.
« Les Russes ont le génie de créer dans l’instant les conditions d’un festin… Là où il n’y avait rien est née une oasis, délimitée par le carré de la couverture. Cette transmutation, seuls savent l’accomplir les peuples au sang nomade. Perov a illustré cette scène dans un tableau célèbre : « Les chasseurs à la halte ». On y voit trois hommes avachis dans l’herbe. Devant eux, les canards et les lapins qu’ils viennent d’abattre. L’un deux fume, ils rient en racontant la vie. La lumière est douce et l’herbe veloutée. Le tableau me fascine ; il ne dit rien de l’espoir. C’est un instantané de bonheur immédiat. Le ciel s’écroulerait , les amis s’en ficheraient pas mal ; ils sont assis dans l’herbe, souverains ». 
Tous les familiers de la gestion de projet et de la conduite de travaux en Russie, y compris la créativité des solutions « bout de ficelle » russes, apprécieront les passages suivants (surtout s’ils ont déjà été confrontés avec la concurrence d’outre-rhin).
« Pour loger l’emplacement, Sergueï découpe à la tronçonneuse une ouverture dans les rondins. Il travaille nerveusement, sans répit, sans calculer les angles, corrigeant les erreurs à mesure que sa précipitation les provoque. Les Russes bâtissent toujours les choses dans l’urgence, comme si les soldats fascistes allaient débouler d’une minute à l’autre. Les hameaux ne sont pas construits pour la postérité. Ils consistent en un amas de bicoques craquant aux vents du Nord. Les Romains bâtissaient pour mille ans. Pour les Russes, il s’agit de passer l’hiver. » (Commentaire de l’auteur à propos de l’installation d’une nouvelle fenêtre)
« Les kayakistes allemands repartent sur leurs embarcations parfaitement gréées. Au même moment, une escouade de quatre autres rameurs se présentent dans ma baie. Ceux-là sont moins bien lotis. Équipement rapiécé : des Russes. Des sacs-poubelles font état de jupe étanche pour les hiloires. Ils sont vêtus de marinières de la flotte et ils acceptent les trois verres de brûle-gueule que les Teutons – prétextant l’heure matinale – avaient déclinés. Les Allemands et les Russes : les uns rêveraient de mettre le monde en ordre, les autres doivent subir le chaos pour exprimer leur génie ».