125 millions d'habitants en Russie à l'horizon de 2025?
30 novembre 2011 par Laurent Wyart
SourceURL:file://localhost/Users/laurent/Desktop/Vichnievski_d%C3%A9mographie.doc La question démographique est certainement le problème le plus sérieux de la Russie contemporaine. En juin 2010, nous avions déjà eu l’occasion d’aborder ce thème en rapportant les commentaires d’un démographe russe, Anatoly Vichnievski, directeur de l’Institut Démographique de l’Ecole Supérieure d’Economie auprès de l’Université de Moscou.
SourceURL:file://localhost/Users/laurent/Desktop/Vichnievski_d%C3%A9mographie.doc
Dans le cadre des petits-déjeuners débats organisés par le Cercle Kondratieff, Aliona Chotova, professeur à l’IEP, est revenue sur cette question particulièrement sensible en Russie.
Nous présentons ci-dessous quelques-unes de ses réflexions débattues au cours de cette rencontre. Elles sont complétées par des idées extraites de l’intervention d’Alexandre Latsa, chroniqueur international auprès de l’agence de presse russe RIA Novosti, en septembre dernier à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques).
Dans sa présentation, Aliona Chotova a tout d’abord souligné l’augmentation considérable de la population russe en 20 ans du règne du dernier tsar Nicolas II. Pour un territoire géographique inchangé, la population de la partie russe de l’empire des tsars est passée de 125,7 millions à environ 170 millions d’habitants entre 1897 et 1917. Cet accroissement naturel impressionnant par lequel la Russie impériale escomptait d’accéder au rang de grande puissance à la veille de la Première Guerre Mondiale a très certainement permis, en dépit des lourdes pertes du premier conflit mondial et de la guerre civile, d’asseoir par la suite la puissance soviétique.
Selon le recensement général russe de 2010, la population de la Fédération de Russie s’élèvait à 142,9 millions d’habitants soit 5,4 millions d’habitants de moins qu’à la fin de la République Fédérative Socialiste de Russie en 1991. Les prévisions démographiques russes estiment qu’il n’y aura plus que 127 millions d’habitants en Russie à l’horizon 2030.
Il s’agit d’une tendance lourde même si l’on tient compte de la légère reprise constatée du taux de fécondité en Russie (1,6 en 2010 contre un plus bas de 1,17 enregistré après la crise économique de 1998 et d’un niveau de 1,89 à la fin de l’ère brejnévienne). Bien qu’une politique nataliste soit mise en œuvre derrière cette timide remontée du nombre des naissances, on doit s’interroger s’il s’agit d’une tendance pérenne ou bien simplement d’un effet de mode. On parle d’un capital maternité équivalent à 7.000 Euros par naissance à partir du 2ème enfant mais en pratique, les modalités de versement de ce capital ne sont pas transparentes. Sur ce sujet, Alexandre Latsa soulignait lors de son intervention à l’IRIS, que la prime de naissance pour le deuxième et le troisième enfant serait maintenue au moins jusqu’en 2025. Il a parlé d’un ensemble de primes pouvant même dépasser les 9.000 Euros par naissance. Ces primes sont en principe assorties d’avantages fiscaux, d’un accès privilégié au crédit immobilier ou de mesures préférentielles sur les loyers pour les ménages ne pouvant pas être propriétaires de leur logement.
Parallèlement à cette politique nataliste de l’Etat russe, l’église orthodoxe fait aussi largement la promotion des valeurs traditionnelles de la famille russe. Cette action pourrait avoir un impact sur le nombre des avortements, un des plus élevés au monde car souvent considérés comme un moyen habituel de contraception. Les avortements répétés par femme, y compris par de très jeunes femmes, impactent négativement le taux de fécondité russe compte tenu des conséquences liées aux infrastructures et aux soins médicaux dégradés.
La volonté du gouvernement russe d’améliorer le sort des retraités en leur versant plus régulièrement des pensions un peu plus décentes, a pour objectif d’augmenter l’espérance de vie, de faire baisser la mortalité et de disposer finalement d’un plus grand nombre de personnes âgées pour prendre soin des jeunes enfants de mères au travail. En effet, l’effondrement du nombre de crèches et le renchérissement pour les ménages des frais de garde par rapport au revenu des mères au travail sont autant de frein aux naissances.
La mortalité masculine notamment parmi la population active, combinée avec la faible espérance de vie des hommes (de l’ordre de 62 ans soit de 15 à 19 ans de moins que dans les pays du G7 et 13 ans de moins que les femmes russes), est le facteur déterminant de l’évolution démographique. Il est d’autre part étonnant de constater que l’écart d’espérance de vie homme/femme dans des pays ayant un niveau de vie équivalent à la Russie comme la Belarus, le Brésil ou la Turquie, est seulement de 4 à 7 ans. Il est de 6 ans en France. L’homme russe a réellement un problème d’espérance de vie pour toutes les raisons déjà décrites l’an dernier par Anatoly Vichnievski. Il s’agit essentiellement de la surmortalité des actifs.
Après une décennie de forte immigration (1991 – 2001), caractérisée par le retour à la maison des Russes éparpillés dans les pays de la C.E.I. (environ 11 millions de personnes et 2ème rang mondial des receveurs d’immigrants après les USA), la Russie accueille aujourd’hui majoritairement des travailleurs immigrés non russes originaires d’Ukraine, de Moldavie, du Caucase et surtout d’Asie Centrale. Ils sont bien visibles dans le BTP et les services (commerces moscovites). Compte tenu du grand nombre de travailleurs saisonniers et des clandestins, il est difficile de donner des chiffres précis, mais on estimait que les travailleurs étrangers comptaient pour 1,5% de la population active russe en 2007 (environ 1,7 millions de personnes). En 2009, les autorités souhaitaient limiter à 3 millions de personnes le nombre de travailleurs étrangers en Russie. L’afflux de travailleurs migrants non russes soulève des problèmes sociétaux de la part d’une population russe longtemps encouragée à afficher un nationalisme à la limite de la xénophobie.